Brice Oligui Nguema, militaire arrivé au pouvoir par la force, crée son parti politique. Derrière les discours d’unité, l’Union démocratique des bâtisseurs semble surtout prolonger l’autorité présidentielle sous une nouvelle bannière.
Soulevant des doutes sur le pluralisme réel au Gabon.
Sous couvert d’ouverture démocratique, l’ancien général Oligui institutionnalise son pouvoir personnel à travers la création d’un parti présidentiel centralisé.
L’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), présentée comme progressiste, ressemble étrangement à un instrument de légitimation politique façonné sur mesure.
Le lancement, très médiatisé, a réuni partisans mobilisés par l’État et anciens fidèles du régime qu’il avait renversé.
Cette continuité déguisée interroge sur la réelle volonté de rupture avec l’héritage autoritaire des années Bongo au Gabon.
En prônant des primaires internes, Oligui tente de maquiller une verticalité persistante par un vernis de participation populaire encadrée.
Les promesses d’inclusivité et d’innovation politique masquent difficilement le contrôle étroit exercé depuis la présidence sur le projet partisan.
On assiste moins à une refondation démocratique qu’à une reconfiguration du pouvoir, habillée de concepts empruntés à la démocratie moderne.
Le vocabulaire utilisé — transformation, unité, développement — reste flou et souvent déconnecté des réalités institutionnelles encore largement verrouillées.
L’objectif réel semble être d’ancrer l’autorité présidentielle dans une structure partisane pour garantir une domination électorale durable.
Le régime passé est critiqué, mais ses méthodes — centralisation, récupération des élites — sont habilement recyclées par le nouveau pouvoir.
Certains caciques de l’ancien système trouvent refuge dans ce parti naissant. Révélant un recyclage politique bien loin du renouveau promis.
L’absence d’opposition forte dans ce contexte rend difficile la construction d’un véritable pluralisme au-delà de l’apparence institutionnelle affichée.
Le timing politique, quelques mois après une victoire électorale écrasante, souligne une volonté de verrouiller rapidement l’espace public.
L’UDB ne surgit pas d’une dynamique populaire spontanée. Mais d’une stratégie de légitimation méthodique conçue depuis le sommet.
Oligui affirme vouloir éviter les “partis électoralistes”. Tout en structurant un appareil politique centré autour de sa propre figure.
La rhétorique de la “refondation” masque un projet de continuité habillé de modernité, sous l’œil prudent d’une population divisée.
Derrière les discours rassembleurs, la concentration du pouvoir reste intacte. Avec peu de garde-fous pour garantir une alternance effective.
L’histoire politique gabonaise enseigne que les changements de régime ne suffisent pas à transformer la culture du pouvoir enracinée.
Il faudra bien plus qu’un nouveau logo et quelques promesses pour convaincre d’un véritable tournant démocratique crédible et durable.
ETHAN GNOGBO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE
