En soumettant une nouvelle Constitution à référendum, le général Doumbouya entame une manœuvre de légitimation politique aux contours autoritaires préoccupants.
Le 21 septembre 2025, les Guinéens voteront un texte fondamental dont l’ambiguïté alimente les soupçons d’ambitions personnelles dissimulées.
Quatre ans après le putsch contre Mamadi Doumbouya , le général Mamadi Doumbouya reconfigure l’ordre juridique à son avantage politique direct.
Initialement interdit de se présenter, Doumbouya efface désormais cette clause-clef dans un projet constitutionnel chargé d’intentions non dites.
Ce changement de cap dénature la promesse fondatrice de la transition : neutralité politique, probité institutionnelle, respect strict du droit.
Derrière les discours de refondation, une stratégie de pouvoir personnel prend forme, sans garde-fous réels ni contrôle citoyen robuste.
Le texte soumis au peuple semble moins une charte démocratique qu’un outil calibré pour ouvrir une présidence militaire déguisée.
Les droits humains, la séparation des pouvoirs, la limitation des mandats.
Tous fragilisés par l’omission volontaire de clauses contraignantes.
Les critiques, nombreuses, accusent une opération de légitimation électorale masquant une concentration inquiétante des leviers étatiques.
Alseny Sall, figure des droits humains, dénonce une mascarade juridique et appelle à un sursaut éthique des forces démocratiques guinéennes.
Cette situation renvoie à un phénomène régional : la militarisation rampante des transitions, souvent soutenue par des majorités silencieuses résignées.
En Côte d’Ivoire, le souvenir des alternances confisquées nourrit aussi une vigilance accrue sur les transitions constitutionnelles voisines.
L’histoire récente montre que la force seule ne fonde ni l’autorité politique durable, ni la stabilité institutionnelle authentique.
Une Constitution ne vaut que si elle contraint, protège et organise un équilibre des pouvoirs résistant à toute tentation d’absolutisme.
Si la Guinée échoue à consacrer cette exigence, elle risque d’installer un cycle de transitions militaires prolongées sans horizon clair.
La Cédéao, souvent spectatrice impuissante, doit se positionner avec fermeté face aux dérives constitutionnelles maquillées en réformes nationales.
L’Union africaine, elle aussi, semble manquer d’un langage cohérent face à ces régimes « transitionnaires » glissants vers des régimes permanents.
L’absence de consensus national sur ce projet constitutionnel ouvre la voie à une fracture sociopolitique durable et potentiellement explosive.
Ce 21 septembre, les urnes pourraient entériner non un retour à l’ordre, mais une régression institutionnelle aux habits légaux feutrés.
La Guinée joue sa crédibilité démocratique et, par ricochet, l’Afrique de l’Ouest teste les limites de ses principes républicains essentiels.
ETHAN GNOGBO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

