Kamel Daoud remporte le Goncourt avec « Houris »

2 ans

L’écrivain franco-algérien Kamel Daoud a reçu le prix Goncourt ce lundi pour son roman Houris. Ce livre raconte l’histoire d’Aube, une jeune femme muette depuis qu’un islamiste lui a tranché la gorge le 31 décembre 1999.

Dans son discours, Daoud a rendu hommage à la France, « un pays qui protège les écrivains » et leur offre la « liberté d’écrire ». Il a souligné l’importance de ce pays qui, malgré les critiques fréquentes, reste un havre pour les écrivains venus d’ailleurs.

« Je sais qu’on aime faire du ‘French bashing’, mais pour moi, ce pays est celui qui accueille les écrivains », a-t-il déclaré lors de la cérémonie. « Nous avons toujours besoin de trois choses pour écrire : une table, une chaise et un pays. J’ai les trois », a-t-il ajouté avec émotion.

L’écrivain a exprimé sa joie en ces termes : « Je suis très heureux, c’est un cliché, mais il n’y a pas d’autres mots. » Ce prix, a-t-il précisé, « a une signification particulière pour mes parents », « pour mes éditeurs », mais aussi « pour ce pays qui m’accueille ». Il considère cette distinction comme un événement « formidable ».

hommage à ses parents

Sur X, l’écrivain a rendu hommage à ses parents, soulignant que ce prix était « votre rêve, payé par vos années de vie ». « À mon père, décédé, et à ma mère, encore vivante mais qui ne se souvient plus de rien », a-t-il ajouté, avant de conclure : « Aucun mot n’existe pour dire le vrai merci. »

Dans Houris, Kamel Daoud ne cherche pas à expliquer la théorie de la relativité d’Einstein. Pourtant, son livre interroge la perception de la réalité et de la fiction, une question toujours d’actualité en littérature. En effet, on dit souvent que « la réalité et l’expérience vécue dépendent de celui qui les observe ». Aujourd’hui, cette idée est largement acceptée, mais en littérature, l’homme reste toujours au centre de tout.

L’écrivain est constamment interrogé sur son choix de la fiction plutôt que de la réalité. Pourquoi la fiction, demande-t-on souvent ? La réalité n’est-elle pas, en elle-même, suffisamment riche et complexe ? Et pourtant, la littérature continue de naviguer entre ces deux sphères, offrant des perspectives multiples sur ce que l’on considère comme « réel » et « vrai ».

La réalité, une conception fluidifiée

« Pourquoi avoir choisi la fiction plutôt que la réalité ? » est une question récurrente que l’on pose aux écrivains. Mais, selon Daoud, la distinction entre fiction et réalité est de plus en plus floue. Cette question, bien qu’ancienne, reste pertinente. La réalité n’est-elle qu’une construction subjective, façonnée par celui qui l’observe ?

En cela, Houris interroge non seulement le vécu de ses personnages mais aussi la manière dont chacun perçoit le monde. « La réalité », note Daoud, « est quelque chose d’évolutif, de changeant, qui se transforme selon les époques et les contextes. » Par ce biais, l’écrivain dévoile une vision du monde où l’objectivité absolue n’existe pas.

HARON LESLIE

photo:dr

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