La victoire du milieu de Manchester City continue de susciter des débats quant aux arguments de certains votants et à leur crédibilité.
Si le choix de Rodri est si justifié, pourquoi la polémique s’amplifie-t-elle au point d’éclipser le conflit israélo-palestinien ? Des érudits ont tenté en vain de faire entendre que Vinicius n’est que le fruit de la starisation du football.
Un joueur dont l’éclat ne proviendrait que de quelques fulgurances sporadiques. En justifiant honteusement son échec comme étant une réhabilitation de Xavi, Iniesta, ou Sneijder, le football aurait triomphé avec le sacre de Rodri.
Comme si le Brésilien pratiquait la pétanque. Justifier une injustice par une autre injustice est bien pire.
Aussi curieux que cela puisse paraître, l’attaquant madrilène remplissait les critères individuels et de récompenses de l’année écoulée. Il était sans conteste le favori pour cette distinction. Une campagne assez curieuse a débuté lors de l’Euro 2024, d’abord pour créer une forme d’antagonisme. Ce qui est de bonne guerre, diront certains. Ensuite, malgré le triomphe de la Roja de Rodri, les arguments semblaient insuffisants pour peser dans la balance. La saison de Vinicius Jr. était si aboutie qu’il en fallait davantage.
Lorsque certains « philosophes » ont commencé à nous expliquer le football différemment, on a qualifié le Brésilien de limité.
Incapable de lire le jeu, jouant seulement sur l’instinct.
Réduire l’apport de Vinicius à un simple joueur talentueux, capable de faire des différences par des dribbles instinctifs et des buts, c’est, à mon sens, méprendre l’activité d’un attaquant. Son approche est celle d’un félin, guettant le placement de l’adversaire et organisant ses appels en conséquence.
Sa capacité à faire les bons appels et à conclure par des choix judicieux est indéniable. Cela fait partie de sa dynamique. Vinicius Jr. ne se limite pas à faire parler sa technique hors norme en un contre un. Un exemple illustratif est la demi-finale aller à l’Allianz Arena de Munich. Sur le premier but, le Brésilien provoque le déplacement du défenseur sud-coréen du Bayern, Minjae, loin de sa zone de marquage.
Cela entraîne un décalage dans la ligne défensive bavaroise, qui jouait prudemment en ligne de hors-jeu. Le boulevard ainsi créé lui permet de déclencher un appel en profondeur, concluant par une passe magistrale de Kroos entre les lignes. C’est le genre de prouesses que le Brésilien répète constamment, ce qui n’est pas uniquement le fruit de son talent.
Il convoque un Q.I. football exceptionnel, qui augmente avec le niveau et l’intensité des matchs. Il n’est donc pas nécessaire de revenir sur les performances XXL de l’attaquant de 24 ans. Malgré les justifications sur l’attribution du Ballon d’Or à Rodri, il est légitime de remettre en question les capacités d’analyse de certains journalistes.
De nombreux journalistes présentent d’énormes lacunes dans la compréhension du jeu. Des chroniques sommaires, des argumentaires souvent dictés par l’affect ou des pulsions de supporters, manquent cruellement d’objectivité.
Prenons l’exemple d’un journaliste salvadorien, fervent supporter du Barça, dont les analyses sont parfois délirantes.
Pour lui, la perte de balle de 18 fois contre le Costa Rica lors de la Copa America serait une raison de dire que Vinicius ne mérite pas le graal. Il prétend aussi que le joueur ne sait pas se déplacer sur le terrain et n’est décisif que dans une zone.
Il conclut en affirmant que l’Espagne aurait volé son titre européen grâce à une main non sifflée en demi-finale face à l’Allemagne, ce qui disqualifiait Rodri dans sa quête pour le Ballon d’Or.
Si un observateur censé être impartial peut descendre aussi bas, cela soulève des questions sur la crédibilité de nombreux votants. Il est frappant de constater que beaucoup arrivent au journalisme par défaut, sans réelle expertise pour parler de football. Ils récitent des éléments de langage sans en comprendre la substance. Le chemin vers une plume, une rhétorique, un sens de l’analyse et une objectivité est ardu.
De plus, en observant les commentaires véhéments sur l’attitude de Vinicius dans certains matchs, on peut supposer qu’un lobbying insidieux a contribué à le diaboliser. Sans le justifier, les footballeurs professionnels avouent en off que tous les coups sont bons pour déstabiliser un adversaire, surtout quand il est plus fort.
Sur le terrain, les invectives et les gestes pervers sont légion.
Les plus malins sont subtils, tandis que les plus impulsifs sont expressifs. Vinicius est impulsif, doté d’une forte personnalité et réagit souvent de manière excessive aux provocations. Il a peut-être le tort de ne pas être un vicelard discret qui rouspète moins à l’écran. Contrairement à des vétérans tels que Mozer, Baresi, Ayala, ou Busquets.
Concernant l’absence du Real Madrid à la cérémonie, il serait naïf de ne pas y voir une dimension politique dans ce boycott. Cela fait écho au conflit entre l’UEFA et le club espagnol sur la question de la Super League. Des querelles exacerbées par d’énormes intérêts financiers et de lobbying révèlent une autre facette du football business.
Ce jeu de pression et de bluff à coup de milliards ne laisse pas le club ibérique, l’institution européenne, ni France Football, dans une position désavantageuse. C’est un aspect obscur dont peu de secrets sont révélés. Tout cela est bien loin de la dimension authentique, émotionnelle et spectaculaire que l’on tente de vendre aux plus crédules. Le Ballon d’Or ne fait pas exception à cette réalité. C’est l’envers du décor.
Loïc Damas
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

