En Martinique, la lutte contre le trafic de stupéfiants prend une ampleur préoccupante. Depuis le 1er janvier 2024, 28 tonnes de drogues saisies. Représentant un manque à gagner de près de 2 milliards d’euros pour les trafiquants.
Cette situation soulève des questions sur l’impact du narcotrafic, de la mer Baltique au golfe de Guinée.
À Brest, Camille Miansoni met en avant une stratégie nationale axée sur la « limitation des risques ». En intervenant en haute mer, les autorités cherchent à empêcher l’entrée de drogues sur le territoire, tout en sécurisant les grands ports ainsi que les ports secondaires. Les États-Unis, dotés de moyens conséquents, visent les figures de proue du narcotrafic. Cependant, à notre échelle, il est crucial de perturber les flux de marchandises, même si nos efforts semblent dérisoires face à l’énormité des volumes en jeu.
Le préfet maritime rappelle l’importance de ces interventions, en citant une saisie de 10,7 tonnes en mars 2024, au milieu de l’Atlantique.
Cela représente une perte considérable pour les dealers, mais demeure insuffisante face aux 2 700 tonnes de cocaïne produites annuellement. La qualité et la quantité des drogues en circulation augmentent, ce qui rend la situation encore plus alarmante.
Maëva, lieutenant de vaisseau, et son équipe travaillent en coordination avec les douanes pour intercepter les « vecteurs suspects ».
En 2024, une quinzaine d’opérations ont déjà eu lieu, souvent pendant les week-ends ou les fêtes. Les interventions déclenchées en moins de 48 heures, mobilisant des corvettes, frégates et avions de reconnaissance.
Les autorités doivent se préparer à agir rapidement, souvent sans savoir exactement la nature de la cargaison. L’objectif est d’intercepter la drogue avant son transbordement, pour éviter sa dissémination. À Brest, une équipe supervise ces interceptions en permanence, utilisant des communications sécurisées pour garantir l’efficacité des opérations.
Les défis restent énormes. Les « vecteurs maritimes » pour le trafic de cocaïne sont diversifiés. En Martinique, le commissaire principal Jean-Guillaume décrit le processus : des porte-conteneurs aux navires de pêche, les routes maritimes sont devenues de véritables autoroutes pour la drogue.
Le MAOC-N, basé à Lisbonne, coordonne les efforts de plusieurs pays européens pour lutter contre le narcotrafic. Ce réseau de coopération est crucial pour contrer les cartels qui opèrent à l’échelle internationale. « Il faut un réseau pour combattre un réseau », résume Sjoerd Top, directeur du MAOC-N, soulignant l’importance des relations avec des pays d’Afrique de l’Ouest comme le Cap-Vert et le Sénégal.
Cette année, le MAOC-N a déjà réalisé une quarantaine d’interventions en haute mer, avec des saisies atteignant environ 60 tonnes. Il est clair que la lutte contre le narcotrafic nécessite une action concertée, impliquant tous les acteurs concernés pour protéger nos sociétés des ravages de la drogue.
ETHAN GNOGBO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

