Eugène Zadi, ex-DGA de la CIE et auteur du recueil de poèmes « L’âme cassée », évoque la mémoire de son frère. Marcel Zadi Kessy, décédé le 13 octobre 2020. Alors que ce jour commémore une perte personnelle, Zadi s’interroge sur l’oubli dont souffrent les figures marquantes de l’histoire ivoirienne. Entre réflexions sur l’héritage intellectuel de son frère et critiques de l’indifférence sociétale, il nous invite à redécouvrir le passé. Et à valoriser ceux qui ont contribué au développement du pays.
Ce 13 octobre votre pensée, je suppose, va à l’endroit de Marcel Zadi Kessy, votre aîné ?
Eugène Zadi : Vous voulez savoir si mes pensées se tournent vers mon frère cette semaine, particulièrement le 13 octobre ? C’est compliqué à exprimer. En plus d’être mon aîné, il m’a accueilli chez lui et a financé mes études. J’ai travaillé à ses côtés pendant plus de 25 ans. Il est donc naturel que je pense à lui à chaque instant. Chaque 13 octobre, je fais une introspection pour commémorer le jour de sa disparition. Pour moi, c’est une digue qui a rompu en 2020.
Vous attendiez-vous, de son vivant, à ce qu’il soit autant oublié ? Pourquoi ?
EZ : Non, je ne m’étais jamais posé cette question. Cela dit, je ne suis pas surpris. En Afrique, nous pleurons nos morts intensément. Mais nous les oublions aussi vite. Les médias, qui devraient corriger cette tendance, renforcent souvent ce silence. C’est dommage que notre pays, si jeune, ne sache pas comment honorer son passé. L’économisme pollue nos pensées et déforme notre société.
Vous y croyez vraiment ?
EZ : Absolument ! Il suffit de regarder les noms des rues récemment attribués. Nos anciens qui ont résisté à la colonisation, nos scientifiques et artistes sont souvent oubliés. Ceux qui ont eu la chance d’être honorés le sont souvent dans des ruelles obscures. Les vivants prennent trop de place, laissant peu d’espace pour le débat sur notre héritage.
Cette attitude humaine vous affecte-t-elle ?
EZ : Non, mon âme n’est pas si fragile (rire). Le quotidien des gens est déjà si éprouvant qu’il ne faut pas leur en demander plus. Fort heureusement, l’oubli n’est pas total. Comme les années précédentes, certains Ivoiriens se souviennent du président Marcel Zadi Kessy.
Le 13 octobre, une délégation du syndicat de la CIE, le Synaseg, s’est rendue à Yacolidabouo pour se recueillir. Le 16 et 17 octobre, d’anciennes collaboratrices de la Sodeci et de la CIE visiteront également sa tombe pour évoquer son héritage.
Quel est le meilleur de ses livres ? Pourquoi ?
EZ : Sans aucun doute, c’est « Culture africaine et gestion de l’entreprise moderne ». Ce livre est un classique du management en Afrique. Avant de présenter son modèle basé sur des exemples concrets, il analyse les causes de l’échec du développement du continent. Ce livre traverse les époques et reste un joyau. M. Zadi affirmait que son système de management n’est pas rigide ; il peut évoluer. Cependant, le remettre en cause sur des bases anecdotiques serait une erreur. Le constat est clair.
Propos recueillis par
AK
photo: dr
POUVOIRS MAGAZINE

