Véronique Tadjo, écrivaine aurait préféré une linguistique multiple comme socle éducationnel pour nos enfants qui aujourd’hui ont beaucoup de mal
Puisque mon nouveau roman, Je remercie la nuit, parle de deux étudiantes à l’université de Cocody, prises dans le chaos de la crise postélectorale de 2010-2011, et puisque l’on planche en haut lieu sur la Francophonie en ce moment, alors allons-y !
Parlons de la langue française et du pluralisme. Pendant trop longtemps, nous avons été habitués à une langue française qui voulait défendre son hégémonie. Au point de faire barrage aux langues nationales des pays dits « francophones ».
Au moment des indépendances dans bon nombre de pays d’Afrique subsaharienne, on a fait du français la langue officielle au détriment des langues locales. Or, des décennies plus tard, on constate que cette décision n’était pas la plus judicieuse.
La langue française n’a pas répondu à ses promesses d’ouverture au monde et à l’emploi.
D’une crise économique à une autre, d’un conflit armé à un autre, les systèmes éducatifs se sont effondrés et la maîtrise du français a fait une chute vertigineuse.
Aujourd’hui, les dégâts auraient été moindres si les élèves du primaire, par exemple, avaient commencé par suivre un enseignement dans leur langue maternelle. Ils auraient mieux intégré les premiers concepts de base qui mènent aux sciences, à la technique et à la pensée.
Un pluralisme linguistique bien assumé est un enrichissement mutuel. Les habitants du Sud sont déjà naturellement polyglottes. Il faut donc renforcer activement le dialogue des langues dans l’enseignement.
Peut-on se reconnaître dans la langue française sans avoir à se plier en deux, se couper un bras ou s’éparpiller ? Oui, si le respect de la différence est ancré dans les mentalités. Je suis francophone parce que je parle le français.
Véronique Tadjo
photo: dr ODILE MOTELET
POUVOIRS MAGAZINE

