Site icon Pouvoirs-Magazine

Côte d’Ivoire : population et élites politiques, le déjà gros fossé se creuse

En Côte d’Ivoire, une question revient régulièrement dans les discussions populaires.

Comment comprendre le décalage entre les difficultés économiques de la majorité de la population et les privilèges accordés aux anciennes hautes personnalités de l’État. Notamment les anciens présidents de la République ? Alors que la majorité des Ivoiriens vivent avec un revenu moyen d’environ 70 000 FCFA par mois, on leur demande constamment de « serrer la ceinture ». En revanche, les anciens chefs d’État bénéficient d’avantages considérables financés par le budget de l’État. Ce qui soulève de vives réactions et des sentiments d’injustice.

Des avantages en nature qui interrogent

La loi N°2005-201 du 16 juin 2005, qui définit le statut des anciens présidents de la République en Côte d’Ivoire, attribue à ces derniers une série d’avantages. En nature qui, pour beaucoup de citoyens, semblent excessifs. Selon cette loi, un ancien président bénéficie, entre autres, d’un service de sécurité comprenant dix agents.

Ce n’est pas tout: un cabinet personnel avec plusieurs collaborateurs, trois chauffeurs, et trois véhicules avec carburant pris en charge. À cela s’ajoutent une indemnité pour le logement, la prise en charge des factures d’eau, d’électricité et de téléphone. Ainsi qu’une couverture médicale pour le président, son conjoint, et ses enfants mineurs.

Les avantages ne s’arrêtent pas là. Le personnel domestique mis à disposition d’un ancien président comprend un maître d’hôtel, un cuisinier. A cela s’ajoute un blanchisseur, un jardinier, et deux gens de maison. Cette liste exhaustive montre une prise en charge presque complète de toutes les dépenses quotidiennes. C’est le budget de la Présidence de la République qui finance cette prise en charge.

Après le décès de l’ancien président, son conjoint survivant continue de bénéficier de nombreux avantages, y compris un véhicule avec chauffeur, un personnel domestique, et une couverture médicale.

Une vie de luxe en déconnexion avec la réalité

Pour la grande majorité des Ivoiriens, ces avantages apparaissent comme un luxe injustifié, surtout dans un pays où de nombreux citoyens peinent à joindre les deux bouts. La classe moyenne, et encore plus les plus démunis, doivent faire face à la hausse des prix des denrées alimentaires, à l’insuffisance des infrastructures de base, et à l’accès limité aux soins de santé. Les salaires sont faibles, les opportunités d’emploi rares, et beaucoup survivent grâce à l’économie informelle. Dans ce contexte, les avantages accordés aux anciens présidents semblent déconnectés de la réalité quotidienne des Ivoiriens.

Ce fossé est d’autant plus frappant lorsqu’on considère les appels répétés du gouvernement à la population pour faire preuve de résilience économique et de sacrifices face aux défis économiques. Lorsque les citoyens, touchant à peine le salaire minimum, voient des ressources considérables allouées aux anciens dirigeants, cela peut provoquer de la frustration, voire de la colère. Ils se demandent pourquoi ils doivent continuer à « serrer la ceinture » pendant que les anciens dirigeants jouissent d’une vie confortable, souvent aux frais du contribuable.

La question de la justice sociale

La situation soulève une question essentielle de justice sociale. Comment justifier que dans un pays en développement, avec de nombreux besoins sociaux et économiques, les anciennes élites politiques bénéficient de traitements aussi généreux ? Cette interrogation est d’autant plus pertinente que ces avantages sont financés par l’argent public, qui pourrait être utilisé pour améliorer les infrastructures, les services de santé, l’éducation, et autres secteurs clés.

Vers une réforme nécessaire ?

Face à ces inégalités perçues, de nombreux Ivoiriens appellent à une réforme de ces privilèges. Ils plaident pour une réduction des avantages accordés aux anciens présidents et une meilleure redistribution des ressources en faveur de la population. Cette réforme pourrait prendre la forme d’une révision de la loi de 2005, afin de réduire les coûts associés à la prise en charge des anciens présidents, ou d’une plus grande transparence dans la gestion des fonds publics.

Pour certains, la solution réside également dans une meilleure gestion des ressources nationales et une lutte plus vigoureuse contre la corruption. Si les ressources de l’État sont mieux gérées, il serait possible d’améliorer les conditions de vie des citoyens tout en maintenant un certain niveau de respect et de dignité pour les anciens présidents.

JULIEN BOUABRE

photo: dr

POUVOIRS MAGAZINE

Quitter la version mobile