14e Sila : l’exposition a commencé

2 ans

Sur un visuel, l’écrivain à l’honneur du Salon international du livre d’Abidjan (Sila) est aux côtés de deux ministres. Ally Coulibaly, grand chancelier et Françoise Remarck, en charge de la culture et de la Francophonie.

Serge Bilé n’a pas du tout apprécié et a déploré  la disproportion des têtes sur l’affiche. « Tous les hommes sont égaux ». Qu’ils soient politiques ou culturels. Auteurs par exemple.

La réaction de Serge Bilé se comprend. C’est heureusement un  artiste. Triplement : documentariste, compositeur, musicien, metteur en scène, auteur. Il a un égo bien haut, ne se rabaisse pas facilement et dit juste ce qu’il a du mal à taire. Bilé sait s’indigner. Bilé? C’est s’indigner. En out box.

Ange Félix sait se taire qui ne réagit pas. Ou le fait en In box. Sans aucun doute.

Ce qui ne se dit pas par contre, c’est qu’aucune des richesses, aucun des épanouissements financiers ne se fait en dehors des arcanes politiques. En Afrique. En Côte d’Ivoire donc, s’adresser à un mécène, comme ça se fait ailleurs. Pour être soutenu lors du moindre événement, c’est inconsciemment, se jeter dans les bras d’un politique.

La majorité des événements s’organise ici avec la caution de la tutelle politique. Ici le ministère de la culture.

Tant que le Salon du livre d’Abidjan a voulu se faire sans sponsors. Et dans la dignité des auteurs, il a réuni sa centaine de visiteurs. Et poursuivi son entre soi nombrilique.

Mais quand avec l’arrivée du commissaire général Ange Félix N’Dakpri, il s’est agi de voir plus grand, d’accroitre la communauté du livre,  il a fallu composer avec d’autres. Ceux qui peuvent payer des billets en première classe, loger les auteurs dans des suites. Et assurer le séjour des pays invités, des auteurs de renom. Ou déplacer les établissements en car avec l’autorisation- entendons le soutien- du ministère de l’Education nationale. Un autre politique. Et tous ceux-là ce sont des politiques forcément.

Artiste-politique: un mariage douloureux.

Le fait est qu’il n’existe pas de réussite séculaire fondée sur le labeur uniquement. La seule race d’hommes riches devenus sur l’unique base du travail en Côte d’Ivoire, ce sont les footballeurs de l’Académie Mimosifcom. Les autres le sont par la politique ou sont héritiers.

Même quand on croit aller vers un héritier ou un mécène on va chez Billon, ou chez Diagou ou encore Thiam. Même N’Zi Kan était politique.

C’est ainsi que Soro Guillaume a eu à soutenir le prix Ivoire, Charles Konan Banny le prix Kailcedra, Gervais Coulibaly, le prix manuscrit d’or pour ne citer que trop peu d’exemples.

Mieux, même la mécène la plus assidue et la plus discrète du Sila. Laquelle met en veilleuse son égo, qui n’apparait pas par pudeur ou par éducation dominante sur les affiches, n’échappe pas à ce constat. Marie Agathe Amoikon Fauquembergue est Politique. La patronne des Editions Eburnie est adjointe au Maire, Raoul Aby de Marcory.

Et le politique est comme un artiste. Il a un égo haut. Et ne donne pas son argent qui sert à payer des billets ou louer des parcs d’expositions des artistes, pour qu’on le mette sur le même d’égalité qu’un écrivain. Il faut être jobard pour le croire.

Quand il arrive que ce soit le cas, il ne revient pas à la prochaine édition. Et tout s’arrête. Surtout que les banques ne prêtent pas au pauvre.

Ce n’est certainement pas par plaisir que les Salons ou les prix copulent avec le ou/et la politique.

De tout temps, le mariage artiste politique a été douloureux.

Le politique propose à la cité sa vision du monde via un programme de gouvernement bidon ou pas.

L’artiste lui aussi propose à la cité sa vision fictionnelle du monde via un support livresque, une chanson, un tableau…

Artiste et politique ont donc la même cible électorale qu’ils tentent de s’arracher.

Mais en Afrique l’art s’il enrichit, libère moins bien, correctement ou vite qu’en Europe.

L’artiste, l’intellectuel a donc le devoir et raison de pousser son coup de gueule. Ce n’est pas lui qui organise les Salons. En s’arrachant les cheveux pour que les calculs tombent bien et contribuent à valoriser les artistes en les mettant à l’honneur. Ils n’ont rien demandé peut-être. Mais tout comme les prix ont un prix, le coup de pouce pour être à l’honneur a un coût.

Et le thème de la 14e ne pouvait pas mieux tomber. La catharsis est la séparation du bon d’avec le mauvais. C’est un rapport à l’égard des passions, un moyen de les convertir selon la philosophie aristotélicienne relative à l’art et à la politique.

Cette 14e édition tombe bien. Elle quitte le confort du Palais de la culture pour se tenir au parc – c’est vraiment le cas de le dire- des expositions.

ALEX KIPRE

POUVOIRS MAGAZINE

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