Site icon Pouvoirs-Magazine

La Can, exutoire de toute une nation

Quid de la situation conjoncturelle, les Ivoiriens sont bien décidés à graver dans le marbre cette 34ème édition de la coupe d’Afrique des nations à domicile.

Le football, au–delà de sa dimension sportive et spectaculaire tient une place de  choix dans le cœur des supporteurs ivoiriens. À chaque échéance où les Eléphants de Côte d’Ivoire sont engagés, c’est une déferlante orange blanc et vert qui s’empare de tout le pays. Les inimitiés politiques et sociales sont mises de côté pour faire bloc autour de l’idéal national que représente la sélection ivoirienne. En l’espèce, les Ivoiriens manifestent une résilience qui fait fi des tracasseries et difficultés quotidiennes du moins le temps de la compétition.
Déjà étranglés par une conjoncture économique relativement prégnante, l’appréhension était vive quant à la ferveur autour de l’évènement. En l’occurrence après l’annonce de la hausse du coût des factures d’électricité de 10% à quelques jours du coup d’envoi. Ensuite, suivront les mesures visant à déguerpir les constructions et autres commerces anarchiques sur les grandes artères de la ville d’Abidjan. Ces infortunés ont vécu comme un coup de massue ces décisions. Déjà très impactés par un libéralisme économique tous azimuts  dont ils ne ressentent pas les aboutissants, c’est dans un désarroi certain que ces oubliés de la croissance ont entamé la plus grande compétition sportive africaine.
De quoi pâlir et ternir dans une certaine mesure l’engouement national.
S’il n’y a aucun doute que le challenge d’une telle organisation convoque la fierté nationale, les Eléphants symbolisent également ce vecteur de cohésion et d’union de tout un peuple. Balafrée par une crise politique de plus d’une décennie, cette CAN à domicile est un point d’ancrage pour la nation ivoirienne  dans son cheminement vers l’unité. Depuis le début du tournoi, on peut ressentir la communauté de destin qui rallie chaque ivoirien. L’exaltation de ces valeurs emprunte de vivre ensemble qui fait le fondement de ce pays. Une dynamique
spirituelle convergente qui au fil du parcours des pachydermes s’est amplifiée
crescendo.
Le peuple de Côte d’Ivoire fait bloc derrière son équipe brinquebalante et sans génie. Conscient de ses lacunes, il la porte, la sublime, la
gronde, il s’en exaspère parfois, mais ne rechigne jamais à la défendre avec véhémence.
Comme un père conscient des insuffisances de son enfant, mais tout de même alerte quant à quiconque osera lever la main sur lui. L’entrain de ce nationalisme est très éloquent sur les réseaux sociaux.
]
Les embouteillages monstres aux péages d’Attinguié, Singrobo et Tiébissou le samedi matin traduisent amplement l’attachement qu’ont les ivoiriens à leur équipe. Tel un pèlerinage, Bouaké s’est avéré comme Yamoussoukro la semaine d’avant, la terre promise le temps d’un match de football. Une marée orange décidée à marquer en lettre d’or ces moments festifs, ces occasions de rassemblement.
Avec pour seul mot d’ordre la nation tricolore. Ces instants de relâchement où on enfouit ses frustrations quotidiennes. Où les inégalités  sociales se dissipent pour accoucher de l’union sacrée. Où les rancœurs vis–à–vis du gouvernement et ses décisions impopulaires sont en répit. Un moment de ralliement autour d’un idéal commun à l’instar de ce vers de l’hymne national “
Fiers ivoiriens, le pays nous appelle”. Ce peuple si résilient a trouvé l’anti– douleur qui inhibe ses angoisses, l’exutoire par lequel il s’extirpe de ses turpitudes. Ce peuple a décidé tout simplement d’accéder à la félicité par le ballon rond et l’ascenseur émotionnel qu’il suscite. A défaut d’un impossible ascenseur social ou économique. Cela pourrait paraître hypothétique mais qu’à cela ne tienne, le bonheur est une question d’état d’esprit.
Et les ivoiriens sont bien décidés à ne pas se priver de vivre heureux.
ERIC OULLA, Bouaké
POUVOIRS MAGAZINE

Quitter la version mobile