Docteur en droit des affaires et droit économique, avocat à la Cour, Fiscaliste, Juriste d’affaires. Consultant international – Membre du ISO CT 309 WG1, Expert en Gouvernance – RSE – Ethique. Auteur de « Gouvernance d’entreprise en Afrique, guide de l’administrateur et du directeur général » répond, en ce début d’année 2024, à nos questions, après avoir fait l’unanimité auprès des internautes.
Comment appréhendez-vous 2024 sur le plan de la gouvernance ?
Avant toute chose, permettez-moi, de souhaiter une bonne année à tous les internautes, habitués de votre média POUVOIRS MAGAZINE sur la chaine YouTube, Facebook et sur votre site
L’année 2024, va constituer un tournant important en matière de bonne gouvernance en général et de gouvernance d’entreprise en particulier. En effet, différentes réformes ont eu lieu au cours de l’année 2023 et elles devront être appliquées plus activement et plus intensivement à partir de cette année.
Au niveau de la gouvernance publique, la volonté des Autorités ivoiriennes de continuer à renforcer la qualité de la gouvernance est très claire.
Le Président de la République SEM Alassane OUATTARA a parlé de sa nouvelle vision pour la diplomatie ivoirienne. Cela relève de cette volonté. La réaction des Ivoiriens concernant la qualité des rapports de la Cour des comptes est un signe que ces derniers reconnaissent de plus en plus la place de cette Institution dans la promotion de la gouvernance en Côte d’Ivoire.
Par ailleurs, le Président de la HABG a annoncé la création du Conseil National de Gouvernance qui devra réunir tous les acteurs de la promotion de la bonne gouvernance. Il devra montrer sa volonté d’aller plus loin en matière de bonne gouvernance.
Le ministère de la Fonction publique et de la réforme administrative va certainement intensifier ses actions en faveur du développement de la culture éthique dans le secteur public. L’éthique étant un élément essentiel de la bonne gouvernance, je souligne que cela va contribuer à renforcer davantage la qualité de la gouvernance en Côte d’Ivoire.
La réactivation de la mise en œuvre du Global Compact en Côte d’Ivoire permettra aux entreprises de bien structurer leurs activités afin de rendre compte. La loi d’orientation sur le développement durable prévoit par ailleurs que les entreprises rendent compte de leurs pratiques RSE qui comptent obligatoirement des pratiques de gouvernance.
Au niveau des entreprises publiques, les actions du ministère en faveur de l’amélioration de la qualité de gouvernance vont certainement s’intensifier et cela va renforcer la confiance que les Ivoiriens placent dans leurs entreprises publiques. Les prestations offertes aux entreprises et aux organisations de manière générale vont se développer pour permettre a ces structures de renforcer leur durabilité. Les critères ESG vont prendre une place plus importance dans la vie des entreprises qui interviennent à l’international et dans le secteur financier. Au total, l’année 2024 pourrait être une année capitale dans la transformation des entreprises en matière de gouvernance.
Votre Vidéo à atteint les 10 mille vues puis les 15000 pour la 2e soit un total de 25 mille vues. Comment percevez-vous cet intérêt pour ce propos sur la bonne gouvernance. Vous y attendiez vous ?
Je voudrais d’abord vous remercier pour m’avoir donné l’occasion de faire enregistrer ces deux vidéos et surtout de les avoir diffusées. S’agissant du nombre de fois que ces deux vidéos ont été regardées, j’avoue que je suis surpris, mais en même temps heureux de savoir que la bonne gouvernance et l’éthique intéresse de plus en plus les internautes. Cela fait au minimum 20 ans que je travaille sur les questions de gouvernance. J’ai trouvé et exploité de nombreuses publications et cela me permet de dire qu’il faut du temps pour convaincre les gens de la nécessité de la bonne gouvernance. Au niveau des Etats et des Organisations mondiales, ce qui fait souvent défaut c’est de construire des systèmes de gouvernance qui s’appliquent au quotidien et qui font l’objet d’évaluation périodique avec des plans d’amélioration qui suivent.
A titre d’exemple, pour pratiquer la comptabilité, vous devez mettre en place des outils appropriés et les appliquer. Malheureusement pour la gouvernance, l’éthique et la RSE, de nombreuses organisations ne sont pas encore à ce niveau. C’est ici, que les normes ISO peuvent devenir essentielles, car elles servent à construire les systèmes, à les appliquer, les évaluer et les améliorer au fur et à mesure. La gouvernance traditionnelle fonctionne de cette façon : chacun connait les règles, les Institutions, son niveau de responsabilité, les interdits, les obligations communautaires et chacun s’efforce d’appliquer personnellement les meilleures pratiques et veiller à ce que les autres membres de la communauté les appliquent. J’espère que les prochaines vidéos auront autant de succès, car il est important de vulgariser les normes traditionnelles et modernes de la bonne gouvernance et c’est ce qui a intéressé, à mon avis, les internautes.
A vous écouter attentivement on réalise que l’Afrique ancienne était pratiquante des règles bonne gouvernance. Qu’est-ce qui s’est passé pour que tout dégringole ?
Je pense à mon humble avis qu’il est nécessaire de revenir à ce que feu le Président Félix Houphouët Boigny avait dit à l’époque et je rappelle la phrase. Il a dit que « l’Ivoirien devait avoir la tête dans la modernité et les pieds dans la tradition« .
En Afrique, le Botswana pratique de manière efficace cette règle et la qualité de la gouvernance du pays est reconnue par tous et il est même classé numéro 1 au niveau de l’Afrique. La Constitution actuelle de la Côte d’Ivoire intègre cette règle et la création de la chambre des Rois et Chefs traditionnels en est une traduction concrète. Il faut reconnaitre que de nombreux cadres ont perdu contact avec leurs bases traditionnelles et n’ont plus accès aux bonnes pratiques de la gouvernance traditionnelle.
Cela va s’amplifier dans les années à venir si rien n’est fait pour réhabiliter les bonnes pratiques de gouvernance traditionnelles qui existent au niveau des différentes régions de la Côte d’Ivoire. Des émissions de télévision devraient être consacrées à cette question pour mieux sensibiliser les Ivoiriens sur les conséquences de la de connexion progressive avec les bonnes pratiques traditionnelles. Le vivre ensemble et la cohésion sociale dans les sociétés rationnelles n’étaient possible que grâce à certaines bonnes pratiques de gouvernance traditionnelle. Nous devons garder cela en tête.
La question se pose de savoir s’il n’est pas nécessaire de faire un répertoire de ces pratiques pour ne pas les perdre définitivement un jour. Je profite de l’occasion pour rendre hommage à feu le Professeur ZAKPA KOMENAN qui nous (ses étudiants) a formatés dans le cadre de son cours sur les Institutions traditionnelles.
Votre livre a subi, dans sa réédition 3, un Lifting qu’avez-vous rajouté ?
Merci de me poser cette question.
Dans la troisième édition de mon livre sur la gouvernance d’entreprise en Afrique, j’ai pris encompte des sujets qui me paraissaient critiques et que je n’avais pas traite s. A titre d’exemples, je cite :
– L’évaluation du conseil d’administration ;
– Le secrétaire du conseil ;
– Le droit de communication des administrateurs ;
– Les relations entre le directeur général et le conseil d’administration ;
– Les missions du conseil d’administration en termes de bonnes pratiques ;
– Le reporting extra-financier/la Responsabilité Sociétale/ESG ;
– Le partage de bonnes pratiques par des chefs d’entreprises dont : le Président Jean Kacou DIAGOU du Groupe NSIA, le DG Daouda COULIBALY du Groupe ATIDJALI BANQUE, Le DG CISSE Sidiki de l’ANADER, le DG EDO KOSSI de la BRVM, le DG Abdoudrahmane BERTHE de la
IPS-CGRAE et l’administratrice de Banque Mme N’GOLO COULIBALY Mayele, et bien d’autres.
Interview réalisée par
ALEX KIPRE, POUVOIRS MAGAZINE

