Dr N’Go Kouadio Pacôme, il soigne les Avc avec les plantes

3 ans

« Potentiels Neuro-Protecteurs, anticoagulant et antihémorragique d’extraits de plantes médicinales ivoiriennes: étude expérimentale utilisant des modèles de rats type AVC ischémique et hémorragique » est le travail de Neurosciences réalisé par Monsieur N’Go Kouadio Pacôme, Maître de conférences à l’Université Péléforo Gon Coulibaly de Korhogo qui a obtenu une bourse de l’Ascad, grâce à la mention Bien avec 15,18/20 de moyenne. POUVOIRS MAGAZINE l’a interviewé.

Vous envisagez de guérir des AVC à l’aide de plantes, C’est cela. Veuillez  nous expliquer comment …

C’est envisageable pour une période à moyen terme. Actuellement nous voulons apporter notre contribution à travers la recherche expérimentale.

Les maladies qui présentent des processus physiopathologiques complexes comme par exemple les maladies virales (COVID 19, SIDA…), le diabète ou les maladies neurologiques (AVC, Épilepsie, maladie d’Alzheimer…), une approche thérapeutique expérimentale en utilisant le modèle animal est nécessaire, certes , il aborde une dimension homogène de ces maladies mais peut permettre d’aboutir à ce qu’on qualifie selon le terme anglo-saxon de « experimentally Drugs discovery step » ou « découverte de molécules de façon expérimentale».

Par la suite, on passe aux différentes phases d’essai clinique du «médicament candidat » chez l’Humain, avant d’être approuvé par la communauté médicale pour son autorisation sur le marché. Cela peut prendre plusieurs années.

Qu’en est-il  de votre recherche?

Concernant notre recherche sur la valorisation scientifique de plantes médicinales ivoiriennes par des essais sur l’AVC, nous n’en sommes qu’au début.

Quelles en sont les étapes alors?

D’abord il faudrait créer un modèle animal type-AVC ischémique et type-hémorragique, par la suite tester la pertinence pharmacologique (pouvoir d’interaction moléculaire dans l’organisme) et phénotypique (effets sur le comportement et fonctions cognitives) des extraits de plantes médicinales utilisées en médecine indigénat pour leur propriété anti-hémorragique ou anti-coagulant de sorte à faire repartir la reperfusion sanguine (circulation sanguine approprié) dans le cerveau. A cela s’ajoute l’étude du potentiel neuroprotecteur de plantes sélectionnées qui devraient avoir des propriétés anti-neuroinflammatoires et antioxydantes, quand on sait très bien la génération de biomarqueurs de la neuroinflammation et du stress oxydatif sont à l’origine de la cascade des processus physiopathologiques de la plupart des maladies en général, mais en particulier les maladies neurologiques et mentales et leur  maintien jusqu’à la mort.

Notons que les bioactifs extraits de plantes médicinales et à activités pertinentes sur nos modèles type-AVC devrait agir de façon synergique et additive pour une perspective de leur formulation en  biomédicaments améliorés, accessibles car à base d’ingrédients locaux, et moins onéreux pour une meilleur prise en charge des patients AVC. Ce qui leur permettrait de retrouver une meilleure qualité de vie, et alléger le fardeau familial.

Est-ce nouveau dans le milieu universitaire?

Non! Dans le milieu universitaire en CI, de nombreuses recherches ont permis de connaitre l’action de plantes médicinales sur des maladies à transmission vectoriel causées par les parasites, maladies contagieuses virale et bactérienne, et certaines maladies métaboliques…etc. Toutefois, la recherche scientifique faisant la promotion des plantes médicinales ivoiriennes dans le cadre des maladies neurologiques, psychiatriques reste au stade embryonnaire. Depuis bientôt quatre ans, notre jeune équipe de recherches translationnelles appliquées aux Neurosciences s’investit davantage en développant des modèles expérimentaux de maladies du cerveau tout en proposant des essais thérapeutiques à base d’extraits de plantes médicinales endémiques ivoiriennes et/ou pantropicales ouest africaines.

 Pourquoi la fréquence des AVC a t-elle augmenté ?

Là je parle sous le contrôle des médecins praticiens en neurologie. Nous n’avions pas de chiffre officiel sur la prévalence ni le taux d’incidence  des AVC en C.I. Ce que vous et nous constatons  est qu’il existe de plus en plus des cas d’AVC dans la société ivoirienne, très souvent des cas mortels. En notre connaissance, les AVC sont le premier motif d’hospitalisation dans les services de neurologie d’Abidjan, et constitue plus de 9% des décès en milieux hospitalier publique chez les personnes de 45 à 69 ans. Selon des chiffres de l’OMS, il est rapporté 16 millions de nouveaux cas chaque année, dont 6 millions de décès, avec 80% des cas dans les pays à faible et moyen revenu y compris la CI. Et en absence de mesures préventives, on projette à 23 millions de nouveaux cas annuel à l’horizon 2030 avec un taux de décès plus important. C’est donc un fardeau sanitaire 3 fois supérieur à celui de la tuberculose et plus de 4 fois celui du paludisme selon certain auteurs.

La fréquence des AVC augmente davantage à cause de diverses raisons. D’abord, les facteurs de risque d’apparition des AVC sont de plus en plus retrouvés dans nos sociétés à savoir l’hypertension artérielle, l’élévation de taux de graisse dans le sang (hyperlipidémie), le diabète, l’obésité, le tabagisme et l’alcoolisme (de plus en plus accrus dans la population ivoirienne), mais également le manque d’activités physique ou sportive (sédentarité). C’est donc la conjugaison des divers facteurs liés à notre mode de vie qui conduisent aux maladies cardio-métaboliques suscitées qui représentent de potentiels risques de survenue des AVC.  Toutefois, d’autres facteurs tels que l’urbanisation galopante impacte sur nos styles de vie notamment les habitudes alimentaires de mal bouffe soit la restauration rapide et la surconsommation des « junk food ou aliments énergétiques», des facteurs génétiques (dans une moindre mesure), mais de façon plus importante des facteurs psychologiques. En effet, la conjoncture économique actuelle marquée par une augmentation galopante du niveau de vie, un style de vie fait d’Hommes toujours occupés, stressés, plus de gains et revenu à se faire, représente une source de détresse psychologique permanent à prendre en compte dans la fréquence accrue des cas d’AVC.

Pouvons-nous à l’aide de plante prémunir des AVC. Pourquoi?

De façon catégorique, non. On ne peut pas prévenir les AVC avec des plantes médicinales, scientifiquement parlant. Prévenir les AVC, c’est d’abord savoir gérer le stress dans notre vie, mais, c’est surtout avoir une hygiène de vie saine afin d’éviter les facteurs de risque de la maladie. Les AVC surviennent de façon imprévisible soit au repos ou soit brutalement au cours d’une activité, bien qu’il existe des signes avant-coureurs…

La motivation de mener des recherches expérimentales se trouve fondamentalement dans le fait que les mécanismes physiopathologiques subséquents aux AVC ischémique ou hémorragique sont complexes, on identifie la présence de biomarqueurs de la Neuro inflammation et du stress oxydatif qui sont responsables de lésions cérébrales, troubles cognitifs (perte de fonctions intellectuelles telles que la mémoire, langage, attention…etc) et moteurs (paralysie des membres). Rappelons qu’outre le risque de décès, approximativement 40% des patients survivent aux AVC avec des séquelles cognitifs et handicapes moteurs significatifs. Cela  nécessite une prise en charge médicale afin de réduire la dépendance physique et sociale dans son quotidien. Le bémol est que les médicaments pharmaceutiques pour le traitement des maladies mentales et neurologiques sont parfois coûteux et inaccessibles pour la plupart des familles, eu égard au faible revenu financier. A cela s’ajoutent leurs effets secondaires indésirables connus.  Ce qui représente pour le patient et sa famille un double fardeau d’ordre économique et social.

Pour le moment, en clinique, avec beaucoup de réserve dans mes propos,  on utilise des agents thrombolytique qui restent trop limités dans leur action thérapeutique. Selon un précèdent article scientifique, des thrombolytiques type activateur de la plasminogène (précurseur de la plasmine : une molécule ayant le pouvoir d’éliminer les callots intravasculaires) est l’un des remèdes, sinon le seul approuvé par la FDA (Food and Drug Administration, U.S.A) pour les AVC ischémiques.

Fondamentalement, en recherche biomédicale, pour espérer découvrir une ou des molécules thérapeutiques contre une maladie, il faudrait d’abord connaître la nature des biomarqueurs physiopathologiques de cette maladie.

A notre petite échelle scientifique, nous voudrions bien d’explorer le potentiel naturel  que nous offrent les plantes médicinales ivoiriennes. Notre objectif est donc de valider une approche thérapeutique basée sur des bioactifs extraits de plantes médicinales contre des biomarqueurs physiopathologiques et signes cliniques des AVC type-ischémique et hémorragique induits expérimentalement chez le rat de laboratoire.

Dans un but ultérieur, isoler de nouveaux composés et formuler des biomédicaments améliorés ayant des propriétés multifonctionnelles et accessibles, moins onéreux pour une meilleure prise en charge des patients AVC en CI.

Comment comptez-vous repartir les 4 millions que vous avez perçu ?

Rire ! Je me permets d’être plus précis sur le montant de  bourse de recherche contributive de l’ASCAD à l’exécution de ce projet qui est de 4,7 millions. C’est l’occasion de remercier l’ASCAD pour son effort à l’essor scientifique dans notre pays, ce qui est salutaire. On a toujours pensé que la recherche fondamentale, expérimentale ou biomédicale est l’apanage des pays puissants. Cependant, il commence à avoir des scientifiques de tous les niveaux dans nos pays qui présentent aussi bien des compétences que leurs homologues des pays du nord.

Toutefois, exceptionnellement, la recherche expérimentale, biomédicale et l’innovation dans le domaine de la santé mentale est en souffrance criarde dans notre pays, comparativement aux pays anglophones comme le Kenya, l’Ouganda, ou l’Afrique du sud où j’ y ai fréquenté momentanément des pôles de recherche. Il faudrait ajouter que le Ghana et le Nigéria en font beaucoup mieux aussi dans ce domaine. Cela s’explique par de bon réseaux de collaboration scientifiques avec les pays anglo-saxons (U.S.A, Royaume uni, Canada…) d’où ils font des renforcements de capacité mais bénéficient des aides de matériels et équipement de laboratoire, certes vieillissants mais toujours fonctionnels pour la recherche en Neurosciences.

Pour répondre à votre question, ce n’est qu’une contribution obtenu de l’ASCAD. On recherche, d’autres compléments budgétaires. Mais on peut faire mieux avec peu de moyens en sciences, juste avec la bonne volonté. D’abord, nous avons une enquête sur le terrain pour la récolte de plantes utilisées traditionnellement contre les hémorragies et ayant des propriétés anticoagulants qu’on est entrain de répertorier, et faire des extractions. Ensuite on fera des études pour tester leur niveau de toxicité afin d’en sélectionnée celles qui ne sont pas toxiques pour l’organisme. On doit simuler expérimentalement nos modèles type-AVC, avec des techniques qu’on peut faire une partie au sein de notre équipe ici, mais une autre partie dans mon université d’origine à l’extérieur (ne disposant pas encore l’outil à l’UFHB qui coûte à lui seul près de 5 millions de Francs cfa), par la suite évaluer l’activité mentale des rats expérimentaux et faire des analyses biologiques et immunohistochimiques en utilisant des anticorps de certains biomarqueurs physiopathologiques des AVC. Le montant alloué sera évidemment insuffisant, mais on se donnera RDV dans 2 ans pour fait le point sur ce projet.

Avez-vous un dernier mot ou un appel à lancer

Je tiens à remercier encore l’ASCAD car il s’agit d’une première fois qu’on obtient une contribution financière d’une structure nationale pour la recherche dans le domaine des neurosciences. Elle a bien compris l’enjeu de la thématique de recherche que nous envisageons traiter. Le domaine de la recherche expérimentale appliquée aux maladies du cerveau et valorisation par essai thérapeutique à base de plantes médicinales ivoiriennes est au stade embryonnaire en C.I, comparativement aux disciplines comme la microbiologie, la parasitologie, le diabète…etc.

Par ailleurs, s’il y’a une certitude au sein de la communauté scientifique et médicale, les années à venir, ce n’est pas le SIDA, la tuberculose, le diabète, le paludisme parmi tant d’autres qui vont tuer dans le monde, mais plutôt les innombrables maladies du cerveau et troubles mentaux, cela à cause du stress dus aux difficultés de la vie. Or, l’arsenal therapeutique reste très pauvre en ce moment contre les maladies psychiatriques et neurologiques. Il y’a un retour des scientifiques des quatre coins du monde vers l’exploration des sources médicamenteuses à base de produits naturels (plantes médicinales et aromatiques, champignons, algues… etc). Nous avions de nombreuses potentialités, toutefois leur valorisation passe par la recherche expérimentale avant celle de la clinique. Notre équipe de recherche dispose dans ce sens de projets sur des thématiques telles que l’épilepsie, la maladie d’Alzheimer et démences apparentées (qui n’a pu obtenir de financement du FONSTI à l’étape finale de la sélection), les modèles d’autisme et schizophrénie. Nous envisageons aussi des recherches sur les analgésiques (anti-douleurs) et des antidotes à base de substances naturelles.

Nous profitons de votre canal pour lancer un appel aux structures publiques qui accompagnent le financement des projets de recherche et d’innovation en C.I, mais invitions aussi les philanthropes ivoiriens passionnés de la science à soutenir nos activités.      

Interview réalisé par

ALEX KIPRE

POUVOIRS MAGAZINE

 

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