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Judith Logon (Chauffeure de Yango) :  » les femmes sont plus compliquées »

Quelque soit son état de fatigue, elle est sur pieds à 6h, quand c’est jour d’école pour ne pas mettre ses deux derniers enfants en retard. Elle les apprête et les dépose. Les Samedi comme il n’y a école pour personne, pour aucun enfant, elle se lève plus tôt et commence son activité de conduite à 6 heures.

Les dimanches, c’est jour de repos. Elle fait profiter la famille, son mari, ses garçons, ses filles dont l’une à l’Ecole militaire préparatoire technique (Empt) comme si chez les Soulia, du nom de son époux, on aimait faire mentir les préjugés. Les métiers sont asexués. Maman chauffeure, fille militaire.

Après son Baccalauréat, Judith Logon devient titulaire d’un Bts en communication. Mais la guerre de 2002 fout tout en l’air et ruine ses espoirs de poursuivre. Elle se lance dans des métiers divers; devient d’assistante médicale. Puis un jour, prend la décision de se mettre à son propre compte. Elle transforme sa Ford Focus en un Yango. Tous les jours sa recette est assurée avec même une marge et dès 17h ou 18h au plus tard, la profession s’arrête et elle rentre en famille.

Pourtant tout n’a pas toujours été rose. Le premier jour de conversion par exemple, elle a du quitter Koumassi pour prendre des clients de Cocody qui se rendaient à Yopougon. Casanière, elle a du chercher son chemin. Mais tout est rentré dans l’ordre. « Le Géo Positionnement par Satellite (Gps) s’est nettement amélioré. Je ne maîtrisais pas. J’habite Koumassi, ma première commande c’était Cocody. Deux femmes qui allaient à Yopougon. Heureusement comme je suis allée l’école, je me suis retrouvée. »

dit elle avec la mine de gratitude de celles qui connaissent le bonheur de l’instruction.

« Mes clientes étaient des dames. Mais généralement c’est avec les dames que c’est compliqué. Elle ont beaucoup de manières, de chichis, ne sont pas faciles, ont des sauts d’humeur. »

Sa mémoire ramène des souvenirs: « Une fois, une dame est montée à l’arrière. J’avais mis mon moteur en marche, actionné mon clignotant, j’attendais que la voie soit libre pour m’engager. J’entends crier à l’arrière:

-On s’en va là

-Madame j’attends juste que le voie soit dégagée pour m’engager.

-Dans ce cas je descends.

–Pas de souci c’est votre droit

Elle n’a pas pu faire comprendre à la dame cliente qui n’a rien voulu savoir et est descendue en claquant la porte.

« Un autre jour je reçois une commande d’une femme de certain âge ou du moins mature. Je fais le trajet de plus de 4 minutes. J’arrive devant le portail, je l’attends et elle annule la commande. »

Judith Logon n’a pas gâché sa journée. Elle a attendu de finir toutes ses courses pour envoyer à sa cliente, un message corsé, mais poli et courtois comme savent le faire ceux ou celles qui entretiennent de bons rapports avec la langue.

« Bonsoir Madame je viens de terminer mes courses et mon travail. J’ai décidé de vous laisser ce message. Je n’ai pas compris votre comportement. Vous avez passé une commande. Vous ne la décommandez pas, me laissez arriver à vous pour par la suite annuler la commande. Je l’aurai compris de la part d’un jeune ou d’une jeune fille encore en pleine construction. Mais vous une mère, une personne dans la transmission et censée être sage…. »

Depuis ce jour c’est devenu un réflexe. « Dès que je reçois une commande. Je passe deux appels. Le premier me permets de signifier que je suis en route, après avoir donné ma position; le deuxième c’est pour vous dire que je suis là. Trop souvent, des clients annulent sans courtoisie, ni pudeur la course, vous faisant perdre du temps, de l’argent, de l’énergie, et même l’estime de vous-même en vous traitant comme un moins que rien’

Judith Logon estime que les hommes sont plus correctes.  » Au contraire des femmes, ils t’encouragent, te disent des mots qui te galvanisent et ils sont bien courtois. Tu sens que ça leur fait plaisir et qu’ils sont fiers. Comme s’ils auraient aimé que leurs épouses ou leurs sœurs soient aussi battantes Je n’ai eu des problèmes avec aucun un homme. C’est un peu plus compliqué avec les femmes pas toutes. Mais certaines femmes »

Tous ces sacrifices sont à fournir quand on veut réussir:

« Si tu as des objectifs à atteindre tu te mets toi-même la pression pour asseoir des activités rentables et te mettre à l’abri. Mais il fait intégrer les enfants. A terme c’est de mettre un peu d’argent de côté et assurer les arrières. En tout cas je ne me plains pas pour l’instant »

Judith Logon, dame respectable bien rangée, porte des dreadlocks, des vrais, ne se soucie pas des préjugés. Ne s’est jamais mêlée de conversations de passagers comme savent le faire beaucoup de chauffeurs, même quand son avis est sollicité. Elle a toujours la monnaie. Elle connait sa place, ne brûle la priorité à personne. Judith Logon attend que le jour se lève pour rouler son Yango afin qu’un jour son jour à elle se lève. Elle est dans un combat, en est consciente. La femme a besoin d’élargir le champ de ses compétences.

 

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