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Portrait de Camara Nangala, prix Bernard Dadié 2023

 Portrait de Camara Nangala, grand prix Bernard Dadié 2023
 
Il obtient en 2023 le Prix Bernard Dadié avec « Parcours », 12 mois seulement après avoir été l’écrivain à l’honneur du Sila 2022

Le 10 novembre 1955, à Katiola, nait de Koné Potchiedanlan (ils ne sont pas faciles en Tagbanan) ménagère et de Camara Lohonan (le garçon de l’eau en Tagbana) Joseph, instituteur qui s’est négocié par la suite, une reconversion en mécanicien dieseliste, un petit garçon. Il est le quatrième d’une fratrie de 7. Un mois plus tard, soit le 10 décembre de la même année, il reçoit le baptême et porte le nom de Pierre Camara Nangala (Nangalaha : Quand je ne serai plus vous serez tranquille nom Tagbana attribué au Diseur de vérité).

Il entreprend sa formation scolaire à Epp Catherine Amon d’Aby du nom d’une institutrice épouse de l’écrivain ivoirien à qui l’on doit « La couronne aux enchères » un drame social en trois actes et 6 tableaux. L’enfant est précoce et à 9 ans, il tient un journal intime et se passionne pour les livres. Déjà. Se passionne également pour une chose en voie de disparition : la vérité. Il poursuit sa formation en qualité de collégien à l’Institut sacré cœur d’Adjamé où il intervient dans le journal de l’établissement. Il affine son écriture à St Viateur de Bouaké avec comme condisciple, les ministres Bruno Koné, Joel N’Guessan. Mais aussi N’Guessan Blé qui chaussera Jean Baptiste Akrou en guise de nom de plume. Après le Bac, il part à Paris où il suit des cours d’électronicien au centre scientifique d’Orsay. Il renforce et étoffe sa formation en obtenant un diplôme d’ingénieur technico-commercial.

Mais le virus de la lecture et de l’écriture ne le lâche pas. Il continue d’écrire et l’idée lui vient de se faire publier. Il propose son recueil de poèmes de 52 pages Mélancolie qui sort en 1980 aux éditions Arcam. S’en suivent Monotonie puis Médiocrité et le roman Révélation.

De provenir d’un univers non littéraire, scientifique offre une singularité et une discipline à ses textes, comme on l’a déjà vu avec Ahmadou Kourouma, assureur de formation mais Goncourt des lycéens et Renaudot en 2000. Pour lui, l’art et la littérature doivent humaniser les sciences. Et la science doit proposer sa rigueur aux lettres pour en faire de véritables sciences sociales.

Une écriture prospective

Ayant les sensations olfactives, auditives, tactiles, visuelles à fleur de peau, Camara Nangala est ouvert, en accord avec la nature, à/sur tout ce qui est susceptible de se muer en projet littéraire.

Un jour de passage devant la décharge d’Akouédo une perfide odeur de putréfactions ou d’autres choses taquine puis indispose ses narines. Tout en marchant, un projet littéraire le bouscule. Dans son cerveau, des gamins s’installent et découvrent que le père de l’un d’eux sert d’intermédiaire pour héberger des déchets toxiques. Les jeunes gens mettent en place un plan pour faire échouer le plan. Il en fait une fiction « Vacances mouvementées ». Quelques années plus tard on découvre le scandale de Probo Koala.

Dans son roman Le printemps de la liberté, il annonce la rébellion et elle a effectivement lieu en 2002.

En 2013, il publie « Dévoilement », roman dont la dernière phrase est : « le propre d’une rébellion c’est qu’elle mange toujours ses propres enfants ». Le désamour entre les alliés d’hier donne raison à cet écrivain.

Ces textes sont tellement prémonitoires qu’on est tenté de croire qu’en 2025, ou 2030, la Côte d’Ivoire sera gouvernée par une dame. C’est en tout cas la trame narrative du tome 2 de « Procès dans les entrailles de la terre » sorti le 10 mai 2022 à 15h aux éditions Afrique reflets. Ce tome 2 présente une jeune dame, Ozoua qui fait de sa lutte en faveur de l’environnement et de sa protection, sa tasse de thé, sa priorité. Un concours de circonstance fait qu’elle se réveille un matin réclamée via les réseaux sociaux par le peuple qui finit par l’inviter à se présenter à la présidentielle et par l’élire.

Le Tome 1, est tiré et inspiré du mémoire de Master 2 en Sciences politiques de l’auteur avec pour thème : « Ethique en économie et développement durable ». C’est un procès intenté par les animaux contre les humains qu’ils jugent à cause de leur atteinte intempestive à l’environnement. On accède de plusieurs façons dans ce récit animalier : par l’actualité, par le récit des animaux qui en font un conte, par la fiction, L’épilogue de ce roman est un pied de nez des animaux à l’endroit des humains. Les animaux se gardent de condamner les coupables aux fins de les transformer en porte-parole de l’environnement

C’est clair, Camara Nangala ne s’accommode pas de ce monde et de ses vertus alors il écrit sans cesse : « Certains se droguent, d’autres boivent de l’alcool pour se sentir bien. Moi c’est l’écriture qui m’apaise. J’écris pour vivre, j’écris pour espérer. ». Pour ne pas cesser d’espérer, l’homme ira jusqu’à créer sa propre maison d’édition Calao, pour contourner les obstacles sur son chemin et rester au contact de son lectorat.

Auteur aujourd’hui de 35 livres, auréolé de plusieurs prix dont le prix Kailcedra avec La princesse Ebla, livre de jeunesse, l’auteur n’a pas fini, dans ses fictions, de prévenir la réalité, de jouer avec les idées. Ce n’est pas étonnant que plusieurs de ses ouvrages soient au programme dans les lycées et Collèges. Il se tient loin, très loin de politiques à qui il réduit le rôle de façonneur de conscience sur le peuple avec un franc parler. Normal, les scorpions ne savent pas mâcher leurs mots.

A l’aide d’écrits il éclaire les mentalités du lectorat composé justement des membres de la cité. Et c’est à ces derniers que le politique, porteur et conducteur d’un projet de société qu’il est censé mettre en application, en leur faveur, vient soumettre ses idées parce qu’il a besoin de leurs suffrages. Les idées du politique se frottent et se confrontent à la réflexion des citoyens, lesquels sont forgés, nourris par les propositions fictionnelles de l’écrivain, Camara Nangala homme crédible et au-dessus de la mêlée. Le Salon international du livre d’Abidjan dès le 17 mai en fait son numéro 1 de sa cuvée douzième et le met à l’honneur.  Le 9 mai 2023, il a le prix Bernard Dadié. Une célébration amplement méritée.

ALEX KIPRE

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